15.6.16

Episode 123: Séparation


Les journées de Maëva étaient tellement remplies, qu'elle était épuisée à chaque fois qu'elle rentrait chez elle. Elle faisait plusieurs aller-retour entre le centre de l'îlet son foyer par jour, ce qui n'arrangeait pas les choses. Elle se levait tôt, aux aurores, pour se consacrer à une première séance de lecture le matin. Ensuite, elle devait retourner chez elle pour préparer le petit-déjeuner et passer un peu de temps en compagnie de ses enfants.

Comme d'habitude, Arwen était le dernier à se lever, et elle était obligée de le forcer à manger quelque chose avant de partir.

"Ne mange donc pas si vite! le gronda-t-elle alors qu'il avalait ses céréales aussi vite que possible.
-Je vais être en retard! répondit-il la bouche pleine.
-Ce ne serait pas le cas si tu te levais comme tout le monde! Tu exagères, à chaque fois que tu pars tu n'es même pas vraiment réveillé! Un jour, tu finiras par t'endormir en classe!
-A ce soir maman!"

Il s'était levé et avait attrapé son sac au vol, déposé un baiser sur sa joue, puis était parti en courant rejoindre son frère sur le chemin de l'école.


Elle soupira, puis débarrassa son assiette, dans laquelle flottait encore quelques céréales dans leur bain de lait.

Elle avait la chance de pouvoir commencer un peu plus tard que ses enfants, du fait qu'elle s'occupait de la classe des petits, aussi en profitait-elle pour remettre de l'ordre dans la maison: vivre avec trois hommes n'arrangeait pas les choses, et il était rare qu'ils mettent la main à la pâte lorsqu'ils n'étaient pas en jour de congé.

Puis elle retournait ensuite à la grande bibliothèque, où elle pouvait lire quelques minutes encore, avant de se rendre en classe. Une fois ses heures de travail effectuées, elle pouvait s'accorder encore une heure de recherches, mais pas beaucoup plus. Telles étaient les journées types qui allaient et venaient. Cette nouvelle routine s'installa sans trop de problèmes, au contraire, elle aimait beaucoup son nouveau travail, et prenait ses recherches très à coeur. Elle était encore loin d'avoir trouvé ce qu'elle voulait, mais elle ne désespérait pas.

Et s'il lui fallait monter en grade pour obtenir ces informations, comme le lui avait suggéré son mari, elle le ferait.


Pour Neven et Arwen aussi, la routine s'était installée. Loin d'en être mécontents, ils se laissaient doucement aller, parfois même un peu trop: il fallait les secouer un peu pour qu'ils puissent reprendre leurs esprits, et travailler avec plus d'ardeur à l'école. Neven s'en détachait de plus en plus, et ses absences étaient devenues telles que Odin et Maëva avaient reçu un avertissement. S'il poursuivait l'école buissonnière, il risquait de lui arriver des choses assez fâcheuses, aussi devait-il se ressaisir.

"Mais je n'apprends rien à l'école... avait-il plaidé. Avec les potes, on apprend beaucoup plus en discutant et en échangeant nos opinions!
-Là n'est pas la question, avait rétorqué sa mère.
-Que veux-tu qu'ils me fassent au juste, hein? Me renvoyer? Ce serait la meilleure des nouvelles!"

Il ne vit pas sa mère se mordre les lèvres. A vrai dire, c'était justement cette punition qui l'effrayait, car elle ne savait pas vraiment ce qu'elle pouvait être. Elle avait juste le sentiment que l'exclusion était vraiment ce qui pouvait arriver de mieux à son fils, et que des mesures spéciales pouvaient être prises contre les électrons libres...

"Je t'en pris, Neven...
-D'accord, d'accord je ferai un effort! finit-il par accepter. Ne m'attendez pas ce soir pour dîner, on se fait une petite fête avec la bande!"


Il lui fit un signe de la main, puis sortit. Maëva se passa la main dans les cheveux, et secoua la tête pour chasser toutes les mauvaises pensées qui l'assaillaient. Il ne servait à rien de s'inquiéter... Tout irait bien.

Elle retourna dans la salle de bains, où Arwen jouait dans la baignoire. C'était l'heure du bain, et depuis qu'elle lui avait offert un périscope miniature, il adorait s'en servir lorsqu'il était dans l'eau.

"Tout va bien? demanda-t-elle en vérifiant la température de l'eau.
-Ouais! Je suis en mission spéciale, je dois surveiller que les ennemis n'arrivent pas...
-Oh, la situation est si grave que ça?
-Très, maman! Si nous nous faisons repérer, nous risquons d'être faits prisonniers par l'ennemie, ce serait terrible!
-Bien, je crois que je ne vais pas déranger vos troupes plus longtemps alors! dit-elle avec un rire.
-Bruit étrange repéré au niveau du sud! rétorqua-t-il."

Et il plongea sous l'eau pour se cacher.

Lorsqu'elle sortit de la pièce, elle remarqua effectivement que Odin était rentré, et que c'était lui qui avait produit le bruit entendu depuis la salle de bains.


Puisque Neven ne rentrait pas ce soir-là, ils mangèrent en effectifs réduits, et Arwen eut la chance de pouvoir profiter seul de ses parents. Il n'en voulait pas à son frère d'être sorti sans lui, car il savait qu'il était encore trop jeune pour ces choses-là.

Il débarrassa son assiette, et apporta ses devoirs sur la grande table.

"Dis papa, est-ce que tu veux bien m'aider? demanda-t-il en prenant un stylo.
-Bien sûr, montre-moi voir un peu ce que tu as là."

Il rapprocha sa chaise du petit garçon et se pencha sur son cahier.

"On a fait une leçon de géographie aujourd'hui.
-Ah oui? demanda Maëva l'air de rien e n levant la tête de son livre.
-Oui, sur les volcans et les montagnes! Il paraît que l'île a été construite sur une immense montagne sous-marine!
-Mmhm, c'est vrai!"


Neven resta dehors longtemps. Avec ses amis, ils avaient arpenté la plage durant de longues heures, à rire et à se partager des histoires autour d'un feu de camp. Mais la nuit étant tombée depuis un moment, il commençait à faire frais dehors, et ils étaient retournés au centre pour trouver une salle vide, histoire d'être au chaud et de pouvoir continuer à papoter durant un bon moment.

La soirée s'était close en beauté, lorsque Sera avait montré ce qu'il cachait tout au fond de son sac: quelques feux d'artifices, qu'il suffisait d'allumer et de maintenir à bout de bras.

"Génial! s'exclamèrent tous les autres."

Sera distribua quelques uns des bâtons, et Oviri sortit un briquet de sa poche pour les allumer. Neven était tombé sur les couleurs rouge et vert, et il les leva bien haut pour que chacun puisse les admirer.

"C'est tellement beau! fit Airaro en s'approchant de lui.
-Oui, je trouve aussi...répondit-il avec un sourire un peu niais.
-J'aime tellement le vert! s'exclama Emere en s'interposant entre les deux jeunes gens."

Neven s'éloigna un peu des deux jeunes filles, soudain gêné.


Il était bien tard lorsqu'il rentra, d'ailleurs le reste de sa famille était couché quand il franchit la porte de la maison. Ce n'était guère étonnant, quand on savait que Maëva aimait se lever tôt, que Arwen était encore jeune, et que son père Odin travaillait certains jours du week-end. Il était le seul à ne pas se soucier de l'heure à laquelle il rentrait, et de toute façon, il n'avait jamais eu aucun souci pour se lever le matin, contrairement à son petit frère.

Il alla se coucher sur la pointe des pieds, le coeur tout à coup extrêmement léger. Il avait passé une soirée magnifique en compagnie de ses amis, et quelque chose de doux et de chaud lui enveloppait le coeur à chaque fois qu'il pensait à Airaro...

Comme il l'avait prévu, sa mère se leva tôt le lendemain matin. Le soleil n'était même pas encore sur le point de se lever, qu'elle était dans la baignoire à se préparer pour une nouvelle journée. Elle avait prévu de la passer à la bibliothèque: le week-end était parfait pour se plonger dans des livres. Elle s'était préparé un sandwich et une thermos de café chaud pour tenir la journée, laissant ainsi la maison entièrement libre à Odin, qui avait prévu d'inviter Joss pour l'après-midi.


Le vieil homme arriva en effet peu après midi. Il était seul, et il était bien content de pouvoir passer un peu de temps en compagnie de son fils. Il lui serra la main, avec un peu moins de vigueur que d'habitude: la vieillesse se faisait de plus en plus ressentir, et il demanda rapidement à pouvoir s'asseoir. Odin l'amena dans le salon, et ils se posèrent sur le canapé.

"Comment vont les enfants? demanda-t-il tout d'abord.
-Bien! Ils profitent de leur jeunesse, surtout Neven...
-Arwen m'a dit qu'il n'allait plus à l'école?
-En théorie, si, mais c'est vrai qu'il a de plus en plus tendance à ne pas vouloir y aller...
-C'est toujours difficile pour eux, il y a tant de choses qu'ils voudraient faire!
-Je ne peux pas le blâmer non plus, avoua Odin. Moi j'ai grandi dans la forêt, et je n'ai jamais été contraint de devoir aller à l'école.
-Mais ta mère s'en est bien sortie, tu as quand même eu une bonne éducation!"

Odin lui sourit. Son père avait raison, mais cela ne réglait pas pour autant le problème de Neven, qui risquait d'avoir quelques ennuis avec ses professeurs s'il continuait ainsi.


"Comment se porte maman d'ailleurs? fit Odin pour rebondir sur le sujet.
-Elle va bien aussi. Elle est beaucoup plus en forme que moi, ça se voit que c'est moi le petit vieux du couple...!
-Ne dis pas ça! Tu as encore de belles années devant toi, j'en suis certain!
-Oh tu sais, je me sens déjà bien content de connaître mes petits-enfants. Et d'avoir connu mes enfants tout court, ajouta-t-il. C'est une chose que je n'aurai jamais cru possible, et retrouver ta mère... C'était, je crois, le plus beau jour de ma vie."

Son fils acquiesça avec un sourire. Il comprenait ce que son père avait pu ressentir.

"Est-ce que tu as envie de boire quelque chose?
-Volontiers, j'ai la gorge un peu sèche.
-Il y a du thé et du café je crois, proposa Odin en se  levant."

Il alla chercher deux tasses, et Joss se leva à son tour pour l'aider, quand il sentit tout à coup la pièce tourner tout autour de lui, et il se rassit brutalement.


Odin accourut, inquiet.

"Qu'est-ce qui se passe? Ça ne va pas?
-Je... Je..."

Joss avait l'impression qu'un nuage noir était en train de voiler sa vision, et la seule chose qu'il pouvait encore voir, c'était le visage de son fils, penché au-dessus de lui. Tout tournait, et il avait l'impression de prononcer des paroles totalement floues et incompréhensibles.

Odin, voyant que ses efforts ne servaient à rien, se dépêcha d'appeler le centre médical de l'île, pour qu'ils viennent l'aider. Il tourna en rond durant les quelques minutes où il se retrouva seul avec son père, puis les médecins arrivèrent en renfort. Il fut éloigné de la pièce, et vit que l'on emmenait son père. Il ne savait plus quoi faire, ni quoi dire. Que s'était-il passé? Il avait semblé en pleine forme jusqu'à ce qu'il se lève pour le suivre!

Il attendit toute la journée. Les heures s'écoulaient, lentement et avec stress. Puis, enfin, le téléphone sonna, et il bondit pour décrocher.

"Allô?"

La conversation ne dura pas très longtemps. Le temps d'annoncer le décès de Joss...


Odin eut l'impression qu'on lui arrachait une partie de lui-même. Ce n'était pas possible, on ne pouvait pas lui retirer son père! Alors qu'il lui avait manqué durant toute son enfance, et qu'il ne l'avait trouvé qu'au début de l'âge adulte... Cela remontait à si loin maintenant, et pourtant, il y avait encore tant de choses qu'ils n'avaient pas vécu ensemble! Il avait si mal au coeur qu'il ne pouvait pas s'empêcher de pleurer.

A son tour, il lui sembla perdre connaissance.

Il ne savait pas dans quel endroit il se trouvait, mais tout était flou et sombre... Et bruyant. Une tempête se préparait, ou peut-être était-il déjà au coeur de l'ouragan. Il ne voyait pas grand-chose autour de lui, mai sil lui semblait qu'il se trouvait dans un bateau, et il était attaché... Non, ce n'était pas lui qui était là, il n'était que le spectateur. C'était une jeune femme aux cheveux clairs, qui ne cessait de supplier qu'on la libère. Lorsqu'elle comprit enfin pourquoi elle se trouvait dans cette cale de bateau, pieds et poings liés: elle était la seule héritière de sa famille, une famille qui avait su gagner de l'influence et de l'importance dans le monde qui était le leur. Le seul moyen d'effacer cette renommée, c'était de faire en sorte qu'elle ne puisse plus survivre, ou tout du moins, qu'elle disparaisse de la ville... Clémence en était persuadée à présent: on l'avait kidnappée par jalousie.


Quand Odin ouvrit les yeux et se releva, il se sentit tout chancelant et déboussolé. Fort heureusement pour lui, Maëva rentrait du travail, et elle accourut immédiatement vers lui, remarquant les traits tirés de son visage.

"Odin? Mais qu'est-ce qui se passe, tu as pleuré?!"

Il la prit dans ses bras et ferma les yeux.

"Où est ton père? Je croyais qu'il devait venir à la maison?
-Il... Il est venu mais.... il nous a quittés.
-Qu'est-ce que tu veux dire par là...? demanda-t-elle sur la défensive.
-Je n'ai pas compris, il a perdu connaissance, et les secours sont arrivés, mais... c'était trop tard. C'était trop tard!!"

Maëva se sentait trop choquée pour dire quoi que ce soit, et elle se contenta de serrer ses bras autour de sa taille. Les gens pouvaient mourir tellement vite... Il lui semblait presque inconcevable que Joss, qui avait toujours été si plein de vitalité, soit parti aussi vite vers l'autre monde.


"Ce... ce n'est pas tout, ajouta-t-il en songeant à sa vision.
-Viens, rentrons à l'intérieur."

Elle lui prit la main, et l'attira à l'intérieur de la maison. Il valait mieux se cacher des regards indiscrets, la situation était encore trop délicate et récente pour que tout le voisinage en entende parler.

Odin ne savait pas comment aborder le sujet, aussi n'y alla-t-il pas par quatre chemins.

"Je... J'ai eu une vision.
-Une vision? répéta-t-elle intriguée.
-Oui, c'est... je ne sais pas comment l'expliquer, ça semble être quelque chose qui revient à chaque fois dans notre famille. C'est à propos de mes ancêtres..."

Il relata alors toute l'histoire depuis le début, depuis que Clémence avait été enlevée, en passant par tous les souvenirs récoltés, jusqu'à sa vision qui désignait clairement un voisin jaloux de sa notoriété, et qui avait donc organisé cet enlèvement pour prospérer sans l'ombre de la famille Losti.

"Ça semble fou, répondit Maëva. Mais je te crois... Ce n'est sans doute pas la dernière chose aussi dingue dont j'entends parler."


Même s'il ne faisait pas partie à proprement parler du peuple de l'île, Joss eut tout de même droit à de grandes funérailles, durant lesquelles beaucoup de personnes se déplacèrent pour lui rendre un dernier hommage.

Il avait été apprécié par bon nombre de ses voisins, toujours prêt à aider son prochain. On le connaissait pour sa gentillesse et sa bonne volonté, et tous semblait surpris d'apprendre la rapidité avec laquelle il s'en était allé.

Azalée avait du mal à accepter la situation. Le choc avait été terrible pour elle, elle ne semblait plus que l'ombre d'elle-même. Perdre Joss une première fois avait été assez dur pour elle, et elle avait continué de l'aimer et de le voir à travers ses enfants. Mais maintenant qu'elle avait pu le retrouver, et qu'ils avaient partager les choses qu'un couple se doit de partager, elle ne supportait plus son absence. Malgré toute la force du monde, elle ne se sentait plus l'envie de continuer sans Joss.

Ses amis, son fils et sa belle-fille tentaient tous de lui redonner le sourire, mais c'était difficile. Son âge avancé ne l'aidait pas non plus à se voir un avenir plus radieux. Il lui semblait que sa vie était déjà derrière elle.


"Je suis désolée pour ce qui est arrivé à ton  grand-père..."

Après les funérailles, Airaro était venue retrouver Neven, alors qu'il s'était isolé près de buissons en fleurs.  Il sursauta à son approche, et se retourna vers elle.

"Oh... merci."

Il prit une grande inspiration pour retrouver ses esprits. Il ne voulait pas laisser aller ses émotions devant quelqu'un d'autre, surtout pas devant l'adolescente...

"J'imagine... J'imagine que c'est la vie, dit-il en haussant les épaules.
-Mais la vie ne devrait jamais être aussi cruelle, répondit-elle en posant une main sur son épaule. C'est pour ça qu'il faut profiter de chaque instant passé en compagnie de ceux qu'on aime, parce qu'on ne sait pas de quoi sera fait demain."

Il leva les yeux vers elle, et hocha lentement la tête. Elle avait raison, mais ce n'était pas cela qui chasserait son chagrin. Seul le temps pourrait le guérir de cette étrange blessure, qu'il connaissait pour la première fois.


Odin était inquiet. Il n'avait pas revu sa mère depuis le jour où Joss était parti, et elle avait semblé si fragile et si désespérée... Il avait décidé de lui rendre une petite visite à l'improviste pour essayer de lui remonter le moral. La mort de son père les avait tous affectés, mais la vie devait continuer, malgré toute la douleur qu'on pouvait ressentir. On disait que le temps pouvait guérir les blessures du coeur, il n'y avait donc rien d'autre à faire que d'attendre.

La maison semblait silencieuse, et il se rendit compte qu'à présent, Azalée vivait complètement seule. Il n'y avait personne pour lui parler, personne pour réchauffer sa place au lit, personne non plus pour occuper ses longues soirées ou ses après-midi. La solitude l'avait envahie, et il s'en voulut de ne pas l'avoir remarqué plus tôt.

Il s'arrêta devant la porte, puis toqua. Il attendit quelques instants, mais personne ne répondit.

"Maman? appela-t-il en toquant à nouveau."


Comme elle ne répondait toujours pas, il fit le tour de la maison pour rentrer par derrière. Peut-être était-elle tout simplement sortie, mais ce n'était pas l'heure habituelle à laquelle elle allait faire un tour sur l'île.

Il contourna donc la bâtisse, et vit que la grande arche était totalement ouverte, et qu'aucun rideau n'était tiré: cela signifiait qu'elle était bel et bien à l'intérieur.

"Maman?"

Il fit un pas à l'intérieur, et posa ses affaires près de la porte d'entrée. Tout était très calme, et une atmosphère presque apaisante régnait dans la maison.

"Maman, c'est moi! Je suis là."

Il fit le tour de la cuisine, puis du salon, mais elle n'y était pas. Il était donc possible qu'elle soit dans la chambre. Ces derniers jours avaient été épuisants, il était tout à fait normal qu'elle ait eu envie de faire une sieste en ce début d'après-midi.


Il se dirigea donc doucement vers la chambre, qui était effectivement plongée dans l'obscurité.

"Maman...?"

Elle était bel et bien là, allongée sur le lit. Son corps était recouvert par des draps légers, et seul son visage reposait à découvert sur son oreiller.

Il s'approcha, et remarqua avec surprise qu'elle était en pyjama. Ce n'était vraiment pas une heure à se mettre en pyjama. Autre chose le perturbait, et quand il identifia cet élément, son coeur s'accéléra et l'inquiétude le prit à la gorge: si sa mère avait été normalement constituée, sa poitrine aurait dû se soulever régulièrement, au rythme de sa respiration.

Mais là, le corps qui reposait devant lui ne bougeait pas. Il n'entendait pas non plus son souffle aller et venir à l'intérieur de ses poumons.

Il se rapprocha, les doigts tremblants et les sourcils froncés. Ce ne pouvait pas... Il attrapa les draps entre ses doigts, et les tira lentement. Puis, prenant son courage à deux mains, il posa la paume sur le visage endormi de sa mère.


Il sursauta et recula subitement. A nouveau, quelque chose se brisa en lui...

Azalée était morte. Il n'y avait aucun doute possible là-dessus: son corps était froid, sans vie, elle ne respirait plus. Il ne savait pas depuis combien de temps elle reposait là, mais il lui semblait qu'elle avait attendu la nuit pour s'endormir à tout jamais, et rejoindre Joss dans l'autre monde... Pouvait-on mourir de chagrin?

Avec une certaine acceptation de la situation, il remonta les draps sur sa mère. Il regarda son visage une dernière fois. Malgré les années, elle avait toujours cet air de jeunesse qui la caractérisait si bien... Elle semblait paisible. Avait-elle su qu'il s'agirait de sa dernière nuit, et qu'après cela, toutes ses souffrances seraient terminées?

Il sortit de la pièce et se dirigea vers le téléphone. Le plus dur restait à venir... Prévenir le reste de la famille et de l'île.

Il était seul, à présent.

Tout ce qui avait fait partie de son enfance et de son adolescence avait disparu.


4 commentaires:

  1. La mort d'Azalée... ma pauvre chérie, je l'aimais tellement. Maintenant Odin n'a plus d'entraves.

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  2. Mince, pauvre Odin, il vient de perdre ses deux parents en peu de temps... je suis triste, je les aimais bien Azalée et Joss ;_;

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    1. ils étaient devenus bien vieux :(

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